#2 Lettre à G.
Je ne te l'ai pas dit. Je ne le regrette pas. Tu n'aurais pas compris. Comment aurais tu pû. J'ai moi même perdu les clés.
Le plus dérangeant c'était ton regard sur moi. Sur le coup je n'ai pas su dire ce qui m'a écoeuré. En toi. J'ai mis ça sur le compte de l'âge, de ton âge. 10 piges de plus ou de moins, c'est rien. Mais je me sentais déjà si minable, si recroquevillée, je me sentais si frêle. Ton regard sur moi frisait l'inceste. 10 piges de plus ou de moins, c'est rien. Mais tu m'as juste rappelé, tout ce que j'avais pas fait, pas encore. Et t'étais là, prêt. Moi, non.
C'est ensuite. C'est toujours ensuite que l'on comprend. J'ai rejoué la scène.
Avec d'autres.
Ce qui m'a écoeuré, c'était ça. Ta douceur répugnante. Le désir que j'ai entendu dans ta voix. Très tendre. Trop. Je ne sais pas pourquoi j'ai jamais supporté ces types qui offraient un semblant d'amour.
C'était trop hardant pour me donner envie.
C'est parce que tu l'as voulu plus fort que moi que ça n'a pas marché. Parce que j'avais rien à conquérir, à tenter.
C'était trop facile.
Alors j'ai dit non.
Tu te souviens de la phrase?
"C'est l'amour une fois bien bousillé", j'ai sorti ça de je ne sais où, et t'as juste su dire "dommage".